{"id":1082,"date":"2021-10-31T22:03:06","date_gmt":"2021-10-31T20:03:06","guid":{"rendered":"https:\/\/histoiresdenosfamilles.wordpress.com\/?p=1082"},"modified":"2024-05-26T09:51:02","modified_gmt":"2024-05-26T07:51:02","slug":"justice-pour-les-prisonniers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/index.php\/2021\/10\/31\/justice-pour-les-prisonniers\/","title":{"rendered":"Justice pour les prisonniers\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoiresdenosfamilles.files.wordpress.com\/2021\/11\/geneatheme-octobre-1024x576-1.jpg?w=1024\" alt=\"\" class=\"wp-image-1087\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9 mai 1846 mon arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, Joseph Isidore PORNOT (1814-1846), d\u00e9c\u00e8de \u00e0 la prison de Clairvaux. Il avait 32 ans. Sans que j\u2019en connaisse la raison, il a eu maille \u00e0 partir avec la justice et a \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 dans l\u2019ancienne abbaye durant un \u00e0 deux ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le #G\u00e9n\u00e9ath\u00e8me d\u2019octobre 2021 s\u2019intitule \u00ab&nbsp;vos anc\u00eatres et la justice&nbsp;\u00bb ce n\u2019est pas Isidore PORNOT qui sera au centre de cet article, car je voudrais faire un retour sur un proc\u00e8s bien \u00e9tonnant aujourd\u2019hui, sur ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019affaire des entrepreneurs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand Joseph Isidore PORNOT d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Clairvaux en mai 1846, il est loin d\u2019\u00eatre le seul. Des jeunes hommes, des femmes de tous \u00e2ges et des enfants meurent chaque jour \u00e0 Clairvaux comme Fran\u00e7ois DEBOST, soixante-cinq ans, Jean-Baptiste DIDIER, seize ans, Ga\u00e9tan Bernard JARROT, trente-sept ans, ou encore F\u00e9lix JOBERT, trente ans, pour ce funeste mois de mai.<br \/>Ce ne sont pas des condamn\u00e9s \u00e0 la peine capitale. Pour la plupart des personnes incarc\u00e9r\u00e9es, c\u2019est le vol qui leur est reproch\u00e9.<br \/>Ainsi Marie FETEAUX, de Berg\u00e8res-sous-Montmirail (Marne), d\u00e9c\u00e8de deux jours avant Joseph Isidore. Elle avait cinquante-six, devait purger une peine de trois ans de prison pour complicit\u00e9 de vol. Elle \u00e9tait lib\u00e9rable en ao\u00fbt 1846. Ou bien Ad\u00e9la\u00efde MONPOIX, entr\u00e9e \u00e0 Clairvaux le 13 octobre 1845, condamn\u00e9e pour vol \u00e9galement par le tribunal correctionnel de Sens \u00e0 deux ans de prison, qui y est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e six mois plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Evidemment il y a de nombreuses causes possibles de d\u00e9c\u00e8s en maison centrale, \u00e0 Clairvaux, comme dans toutes les prisons du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Maladies, \u00e9pid\u00e9mies, bagarres, travail \u00e9reintant ou conditions de vie extr\u00eamement difficiles. Pourtant entre 1845 et 1847, les d\u00e9c\u00e8s augmentent fortement dans l\u2019ancienne abbaye, d\u00e9passent les deux cents par an, quand ils \u00e9taient compris entre 130 \u00e0 165 les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En juin 1847, le Propagateur de l\u2019Aube s\u2019empare de la question. Le sujet est repris par des journaux parisiens et enfin la question est port\u00e9e devant l\u2019Assembl\u00e9e Nationale.<br>Le ministre de l\u2019int\u00e9rieur d\u00e9p\u00eache des inspecteurs. La mortalit\u00e9 ne diminue cependant pas et finalement sous la pression de la presse et de d\u00e9put\u00e9s, une instruction est ouverte par le procureur de Bar-sur-Aube en juillet 1847.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les t\u00e9moignages recueillis mettent en accusation les entrepreneurs de la maison centrale et des membres de l\u2019administration.<br \/>Les entrepreneurs, qu\u2019est \u00e0 dire&nbsp;? A partir de 1819, l\u2019administration fran\u00e7aise ne g\u00e8re plus les prisons. Des entrepreneurs priv\u00e9s prennent en charge la vie quotidienne des prisonniers en \u00e9change de leur force de travail. L\u2019administration conserve quant \u00e0 elle, la surveillance, les punitions et le contr\u00f4le de la bonne ex\u00e9cution du contrat des entrepreneurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le proc\u00e8s est ouvert en 1849 au tribunal correctionnel de Bar-sur-Aube pour \u00ab&nbsp;tromperie sur la nature des fournitures faites \u00e0 la maison centrale de Clairvaux, homicide par imprudence, n\u00e9gligence et inobservation des r\u00e8glements sur un grand nombre de d\u00e9tenus de cette maison centrale&nbsp;\u00bb. Cinq pr\u00e9venus comparaissent, les entrepreneurs.<br \/>Ils sont condamn\u00e9s suivant leur implication de un \u00e0 quatre mois de prison. Le cinqui\u00e8me, qui \u00e9tait peu pr\u00e9sent \u00e0 Clairvaux, \u00e9cope d\u2019une amende de 600 francs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les peines sont des plus l\u00e9g\u00e8res au regard des reproches et t\u00e9moignages, mais qu\u2019est-ce qu\u2019une vie de d\u00e9tenu dans ce XIX\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant la liste des griefs est longue&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pain servi par les entreprises \u00e9tait au mieux de qualit\u00e9 tr\u00e8s m\u00e9diocre, avec une grande proportion de farine de l\u00e9gumes (haricots, vesces\u2026), ou de seigle. Durant certaines p\u00e9riodes, il retrouvait une couleur blanche mais un d\u00e9tenu explique&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce pain nous br\u00fblait la gorge et l\u2019estomac et nous donnait une soif ardente&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La viande servie au mieux une \u00e0 deux fois par semaine \u00e9tait avari\u00e9e. Le boucher achetait des b\u00eates malades, qu\u2019il faisait entrer dans l\u2019\u00e9tablissement de nuit. Les t\u00e9moignages du fils d\u2019un fermier et d\u2019un gar\u00e7on boucher sont \u00e0 cet \u00e9gard \u00e9difiants. Ils notent l\u2019achat de plusieurs b\u00eates malades, qui ne tiennent pas debout. D\u2019autres t\u00e9moins parlent de graisse animale de couleur verte(1).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La tenue vestimentaire tombe en loques, les couchages sont remplis de vermine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr pour leur d\u00e9fense les entrepreneurs ont mis en cause l\u2019administration de la centrale. Directeurs et employ\u00e9s sont vis\u00e9s et l\u00e0 encore les t\u00e9moignages font froid dans le dos.<br \/>La Gazette des Tribunaux du 2mai 1849, relate les punitions inflig\u00e9es aux d\u00e9tenus. Une succession de privations de nourriture, d\u2019enfermement, d\u2019hommes attach\u00e9s pendant plusieurs jours, de dortoirs dans lesquels la neige tombe.<br \/>Chez les femmes, la s\u0153ur Saint-Joseph semble particuli\u00e8rement cruelle. Un t\u00e9moin rapporte au tribunal \u00ab&nbsp;qu\u2019un jour, une femme criait dans sa cellule. Le t\u00e9moin s\u2019en approcha et trouva la s\u0153ur Saint-Joseph la faisait corriger par quatre corveyeuses qui la rouaient de coups. Cette femme s\u2019\u00e9tait \u00e9vanouie. La s\u0153ur Saint-Joseph dit au t\u00e9moin de prendre de l\u2019eau dans une cruche et de la jeter sur la d\u00e9tenue. Le t\u00e9moin trouvant que cette eau \u00e9tait chaude \u00e0 n\u2019y pouvoir tenir la main, se refusa \u00e0 ex\u00e9cuter cet ordre. La s\u0153ur Saint-Joseph prit la cruche et inonda la d\u00e9tenue d\u2019eau tr\u00e8s chaude.&nbsp;\u00bb (2)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucune sanction n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 l\u2019encontre des membres de l\u2019administration puisqu\u2019aucune plainte n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e contre eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le syst\u00e8me de l\u2019entreprise prendra rapidement fin, la p\u00e9nitentiaire reprendra celui de la r\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour autant on ne peut pas dire que justice ait \u00e9t\u00e9 rendue aux 700 d\u00e9tenus d\u00e9c\u00e9d\u00e9s pendant ces trois funestes ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">(1)Clairvaux Vies emmur\u00e9es au XIXe si\u00e8cle, Dominique Fey et Lydie Herbelot, The BookEdition, 2013, p340 \u00e0 344.<br \/>(2)Gazette des tribunaux du 2 mai 1849 p683<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">Sources&nbsp;:<br \/>Jean-Lucien Sanchez, \u00ab Dominique Fey et Lydie Herbelot, Clairvaux. Vies emmur\u00e9es au XIXe si\u00e8cle \u00bb, Criminocorpus [En ligne], Ann\u00e9es ant\u00e9rieures, 2015, mis en ligne le 13 f\u00e9vrier 2015, consult\u00e9 le 30 octobre 2021. URL : <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/criminocorpus\/2940\">http:\/\/journals.openedition.org\/criminocorpus\/2940<\/a><br \/>Clairvaux Vies emmur\u00e9es au XIXe si\u00e8cle, Dominique Fey et Lydie Herbelot, The BookEdition, 2013<br \/><a href=\"http:\/\/data.decalog.net\/enap1\/Liens\/Gazette\/ENAP_GAZETTE_TRIBUNAUX_18490502.pdf\">Gazette des tribunaux du 2 mai 1849<\/a>, Collection de l\u2019Ecole Nationale de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire.<br \/><a href=\"https:\/\/www.abbayedeclairvaux.com\/\">Le site de l\u2019abbaye de Clairvaux<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>9 mai 1846 mon arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, Joseph Isidore PORNOT (1814-1846), d\u00e9c\u00e8de \u00e0 la prison de Clairvaux. Il avait 32 ans. 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