{"id":4118,"date":"2026-07-25T18:00:00","date_gmt":"2026-07-25T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/?p=4118"},"modified":"2026-08-05T08:04:33","modified_gmt":"2026-08-05T06:04:33","slug":"rendez-vous-a-clairvaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/index.php\/2026\/07\/25\/rendez-vous-a-clairvaux\/","title":{"rendered":"Rendez-vous \u00e0 Clairvaux, \u00e9pisode 2"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une table, deux fabricants et mille questions<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sur les chemins de Clairvaux, je suis la trace fragile de Joseph Isidore. Dans le premier \u00e9pisode, ma quantiquette m\u2019a men\u00e9e au c\u0153ur de 1846, entre mairie, recensement et premiers visages de Ville\u2011sous\u2011la\u2011Fert\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce soir, une auberge, deux fabricants et la rumeur des ateliers p\u00e9nitentiaires. \u00c0 mesure que les voix se m\u00ealent, l\u2019univers de la prison se d\u00e9voile et l\u2019ombre de mon anc\u00eatre semble se rapprocher.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019avais pas vraiment pr\u00e9vu une sortie aussi longue. J\u2019ai bien racont\u00e9 \u00e0 monsieur Helie que je devais r\u00e9cup\u00e9rer mon sac de voyage au presbyt\u00e8re, mais je n\u2019ai m\u00eame pas une brosse \u00e0 dents. En v\u00e9rit\u00e9, je n\u2019ai rien d\u2019autre qu\u2019un vieux sac en tapisserie, imitation XIX\u1d49 si\u00e8cle, o\u00f9 j\u2019ai rang\u00e9 ma quantiquette avant de le cacher \u00e0 la h\u00e2te derri\u00e8re l\u2019\u00e9glise de Ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une femme seule, partie enqu\u00eater sur les prisons du milieu du XIX\u1d49 si\u00e8cle\u2026 je ne le sens pas. Mieux vaut faire un aller\u2011retour rapide au XXI\u1d49 si\u00e8cle, quitte \u00e0 revenir tr\u00e8s vite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussit\u00f4t pens\u00e9, aussit\u00f4t fait. Cette fois, je prends des v\u00eatements d\u2019homme, j\u2019ajoute la brosse \u00e0 dents, et je jette un \u0153il aux archives de l\u2019Aube : recensement de Ville\u2011sous\u2011la\u2011Fert\u00e9, ann\u00e9e 1846. Les prisonniers y sont compt\u00e9s en fin de document, sans un seul nom.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les chiffres sont impressionnants : 1&nbsp;012 gar\u00e7ons, 432 hommes mari\u00e9s, 80 veufs, 275 filles, 118 femmes mari\u00e9es, 78 veuves. En tout, 1&nbsp;995 d\u00e9tenus. Monsieur Bertholle, le maire, a sign\u00e9 ce recensement le 18 juillet 1846. Une fois d\u00e9duits les effectifs de la garnison et des d\u00e9tenus, la population de Ville ne compte plus que 908 habitants, dont pr\u00e8s de 30 % sont des employ\u00e9s de Clairvaux et leurs familles. Une vraie cit\u00e9 p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bon, activons\u2011nous. Si je veux d\u00eener et rencontrer quelques habitants, il faut repartir vite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je sais qu\u2019il existe deux auberges et un caf\u00e9 : Grande Rue, le p\u00e8re Bouquet, soixante\u2011dix ans, tient une premi\u00e8re maison avec sa gouvernante Catherine Lecler et une jeune domestique, Marie Thevenard. Toujours Grande Rue, chez les Charbonnier, Edm\u00e9 et Appoline, trente\u2011neuf et trente\u2011quatre ans, s\u2019occupent de la seconde auberge avec leurs trois enfants : Laurent, Maurice et Marie. J\u2019ai lu quelque part qu\u2019ils ont repris le flambeau apr\u00e8s le p\u00e8re d\u2019Edm\u00e9. \u00c0 Clairvaux intramuros, il y a aussi un caf\u00e9 et un bureau de tabac.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis les conseils de monsieur Helie et me dirige vers l\u2019auberge des Charbonnier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Bonsoir, serait\u2011il possible de souper et de prendre une chambre ? \u00bb Appoline Dupre, femme Charbonnier, acquiesce. Elle m\u2019installe, puis me demande ce qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 Ville. Je choisis de me faire passer pour un industriel d\u00e9sireux de s\u2019implanter ici : \u00ab On m\u2019a dit que l\u2019administration p\u00e9nitentiaire souhaitait d\u00e9velopper des ateliers pour les prisonniers. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019aubergiste sourit : \u00ab Vous \u00eates au bon endroit. Ce soir, nous aurons \u00e0 d\u00eener deux fabricants de la prison. Monsieur Fabry travaille la perle, et monsieur Lassiot fait faire des chaussons. Ils pourront vous aider. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr, la chambre ne correspond pas vraiment aux standards d\u2019aujourd\u2019hui. Elle est simple, mais confortable, avec une bassine et une cruche pos\u00e9es sur une petite table, pr\u00eates pour quelques ablutions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pendule du salon indiquait huit heures. Je redescends rapidement. Appoline m\u2019a d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 \u00e0 Fabry et Lassiot, et je rejoins leur table. Les pr\u00e9sentations d\u2019usage se font tandis que l\u2019aubergiste nous apporte de la langue de b\u0153uf et un pichet de vin de pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus jeune, Jean Baptiste Fabry, habite Clairvaux intramuros. C\u00e9libataire, vingt\u2011cinq ans environ, il a pour voisins des contrema\u00eetres, des employ\u00e9s de l\u2019entreprise, des m\u00e9decins, ou encore des gardiens de la prison, ceux qui vivent l\u00e0 avec femmes et enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m\u2019explique que toutes les familles de gardiens ne r\u00e9sident pas \u00e0 Clairvaux. Seuls les gardiens\u2011chefs en ont l\u2019autorisation. Les autres doivent loger sur place, seuls ou en dortoirs d\u2019un confort sommaire. Les effectifs sont loin d\u2019\u00eatre pl\u00e9thoriques : chacun doit \u00eatre pr\u00e9sent aux moments cl\u00e9s de la journ\u00e9e \u2014 lever, coucher, entr\u00e9e et sortie des ateliers et des r\u00e9fectoires, appels, rondes diverses \u2014 sans oublier le service de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je lui demande comment ils sont recrut\u00e9s. \u00ab Ce sont des militaires ou d\u2019anciens militaires. C\u2019est obligatoire. \u00bb Fabry rit : \u00ab Vous voyez, c\u2019est un peu comme s\u2019ils \u00e9taient prisonniers eux aussi. Ils ont une permission pour aller voir leur famille tous les vingt jours ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon second convive, Victor Lassiot, est veuf. La trentaine, il vit avec sa fille Emma. Il a pris une jeune gouvernante pour s\u2019occuper de la petite, qui n\u2019a que cinq ans. Il loge aussi deux ouvri\u00e8res de sa fabrique de chaussons dans sa maison de la Grande Rue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lassiot est convaincu de faire \u0153uvre utile avec son atelier. Il faut bien occuper les prisonniers : ils ne vont pas \u00eatre \u00e0 la charge de la soci\u00e9t\u00e9. Et puis, ils mettent ainsi de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 pour leur sortie. Ils apprennent un m\u00e9tier, n\u2019ont pas d\u2019id\u00e9es noires. Et tout le monde est tranquille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il me d\u00e9crit ensuite l\u2019organisation de la journ\u00e9e de travail. Selon la saison, on commence \u00e0 cinq ou sept heures, sept heures et demie l\u2019hiver. Le travail se termine entre dix\u2011huit et vingt heures. Deux repas : le d\u00e9jeuner vers neuf ou dix heures, le d\u00eener \u00e0 seize ou dix\u2011sept heures. Quelques pauses rapides. Au total, dix \u00e0 douze heures de travail, auxquelles l\u2019administration a ajout\u00e9 des veill\u00e9es il y a quatre ou cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lassiot ajoute : \u00ab Bien s\u00fbr, le travail se fait en silence. Interdit de parler depuis le r\u00e8glement de 1839. \u00c9videmment, si la t\u00e2che l\u2019impose, ils peuvent le faire \u00e0 voix basse. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les condamn\u00e9s, il n\u2019y a ni tabac, ni vin, ni bi\u00e8re, ni cidre. Les pauses doivent \u00eatre mornes et tr\u00e8s courtes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je demande comment se passe le salaire. Depuis 1843, la loi a \u00e9t\u00e9 revue selon les condamnations : les for\u00e7ats ont droit \u00e0 trois dixi\u00e8mes du salaire vers\u00e9 par le fabricant, les condamn\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion re\u00e7oivent quatre dixi\u00e8mes, et ceux qui ont une peine correctionnelle cinq dixi\u00e8mes. La moiti\u00e9 est mise de c\u00f4t\u00e9 pour leur sortie, l\u2019autre leur sert \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019ordinaire gr\u00e2ce \u00e0 la cantine. Je comprends vite qu\u2019il est difficile pour les d\u00e9tenus d\u2019am\u00e9liorer ce strict minimum, avec les retenues pour indiscipline ou d\u00e9fauts dans les fabrications.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 la part de l\u2019administration, elle r\u00e9mun\u00e8re l\u2019entreprise gestionnaire : l\u2019\u00c9tat a mis en place un syst\u00e8me d\u2019adjudication avec un cahier des charges tr\u00e8s pr\u00e9cis. L\u2019entrepreneur priv\u00e9 qui propose le prix de journ\u00e9e le plus bas pour la nourriture, l\u2019habillement et l\u2019entretien des d\u00e9tenus emporte le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Vous n\u2019avez donc pas \u00e0 fournir les v\u00eatements de travail ? \u00bb \u00ab Bien s\u00fbr que non ! \u00bb r\u00e9pond Lassiot. \u00ab Les prisonniers ont leur trousseau tous les deux ans. Voyons\u2026 chemises, casquette, tabliers, veste, gilet, pantalon, chaussons et sabots. Pour les femmes : fichus, corset, jupe et bas de laine. Tout \u00e7a est fabriqu\u00e9 sur place, par les prisonniers eux\u2011m\u00eames. Ce sont m\u00eame les plus gros ateliers. \u00c7a n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019ils ne soient pas bien reluisants ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous \u00e9changeons ensuite sur mon projet. Mes deux convives me disent que l\u2019administration cherche de nouveaux entrepreneurs : il n\u2019y a pas assez d\u2019embauche. Si j\u2019ai des id\u00e9es, il ne faut pas h\u00e9siter. L\u2019atelier de toiles cir\u00e9es compte une soixantaine de prisonniers, celui de Fabry, les perles, une bonne centaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La soir\u00e9e se termine. Apolline, l\u2019aubergiste, nous fait comprendre qu\u2019il est temps de partir. On se salue, on se promet de se revoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je regagne ma chambre : il est plus de dix heures. Comment trouver le sommeil apr\u00e8s tout ce que je viens d\u2019apprendre ? Tant de questions tournent encore dans ma t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur l\u2019acte de mariage de Joseph Isidore, j\u2019ai lu qu\u2019il \u00e9tait boulanger. Dans le recensement de 1836 de Bar\u2011le\u2011Duc, il \u00e9tait tisserand. En 1841, au d\u00e9c\u00e8s de son fils Joseph Edmond, \u00e2g\u00e9 de six mois, Joseph Isidore r\u00e9sidait \u00e0 Vitry\u2011le\u2011Fran\u00e7ois comme tissier, tandis que Catherine Marie Anne Rigault, sa femme, vivait chez son p\u00e8re \u00e0 \u00c9claron. Elle accouche de Jean Baptiste L\u00e9andre, mon quadrisa\u00efeul, en 1843 \u00e0 Bar\u2011le\u2011Duc, mais les deux \u00e9poux sont not\u00e9s domicili\u00e9s \u00e0 \u00c9claron.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019est\u2011ce qui a conduit Joseph Isidore Pornot en prison ? Quel m\u00e9fait ? Quel crime ? Quel m\u00e9tier a\u2011t\u2011il exerc\u00e9 \u00e0 Clairvaux ? Pourquoi est\u2011il d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ici, si jeune ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au matin, j\u2019arrive \u00e0 m\u2019assoupir un peu. \u00c0 six heures, n\u2019y tenant plus, je me l\u00e8ve, passe un peu d\u2019eau sur mon visage et rejoins la salle de l\u2019auberge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas le temps de d\u00e9jeuner. Je paye ma note, je ne sais comment, remercie mon h\u00f4tesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derri\u00e8re l\u2019\u00e9glise, \u00e0 l\u2019abri des regards, j\u2019enfourche ma quantiquette et regagne au plus vite mon XXI\u1d49 si\u00e8cle bien confortable.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Rendez-vous-a-ClairvauxEpisode2-1024x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4119\" srcset=\"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Rendez-vous-a-ClairvauxEpisode2-1024x1024.png 1024w, https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Rendez-vous-a-ClairvauxEpisode2-300x300.png 300w, https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Rendez-vous-a-ClairvauxEpisode2-150x150.png 150w, https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Rendez-vous-a-ClairvauxEpisode2-768x768.png 768w, https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Rendez-vous-a-ClairvauxEpisode2.png 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une table, deux fabricants et mille questions Sur les chemins de Clairvaux, je suis la trace fragile de Joseph Isidore. 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