{"id":532,"date":"2021-05-16T21:55:07","date_gmt":"2021-05-16T19:55:07","guid":{"rendered":"https:\/\/histoiresdenosfamilles.wordpress.com\/?p=532"},"modified":"2021-05-16T21:55:07","modified_gmt":"2021-05-16T19:55:07","slug":"rendez-vous-manque-une-soiree-bien-remplie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/index.php\/2021\/05\/16\/rendez-vous-manque-une-soiree-bien-remplie\/","title":{"rendered":"Rendez-vous manqu\u00e9, une soir\u00e9e bien remplie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\u00e8me partie<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"996\" height=\"635\" src=\"https:\/\/histoiresdenosfamilles.files.wordpress.com\/2021\/05\/clairvaux-vue-generale2.jpg?w=996\" alt=\"\" class=\"wp-image-534\" srcset=\"https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/clairvaux-vue-generale2.jpg 996w, https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/clairvaux-vue-generale2-300x191.jpg 300w, https:\/\/hdnfamillesgenealogie.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/clairvaux-vue-generale2-768x490.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 996px) 100vw, 996px\" \/><figcaption>https:\/\/www.geneanet.org\/cartes-postales\/view\/5935502<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019avais pas vraiment pr\u00e9vu une si longue sortie. J\u2019ai beau avoir dit \u00e0 monsieur HELIE que j\u2019allais chercher mon sac de voyage au presbyt\u00e8re, je n\u2019ai pas m\u00eame une brosse \u00e0 dents. En fait je n\u2019ai rien d\u2019autre qu\u2019un vieux sac en tapisserie imitation XIX\u00e8me si\u00e8cle, dans lequel j\u2019ai rang\u00e9 ma quantiquette et que j\u2019ai, \u00e0 la h\u00e2te, dissimul\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019\u00e9glise de Ville.<br>Une femme seule, partie \u00e0 la recherche de renseignements sur les prisons du milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle, je ne le sens pas du tout. Mieux vaut faire un aller-retour rapide au XXI\u00e8me, quitte \u00e0 revenir tout \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t fait. Cette fois je prends des v\u00eatements d\u2019homme, je n\u2019oublie pas la brosse \u00e0 dents. Un coup d\u2019\u0153il aux archives de l\u2019Aube&nbsp;: recensement de Ville-sous-la-Fert\u00e9 de 1846. Evidemment les prisonniers sont seulement comptabilis\u00e9s en fin de document, pas un seul nom.<br>Les chiffres, que je d\u00e9couvre, sont impressionnants&nbsp;: 1012 gar\u00e7ons, 432 hommes mari\u00e9s, 80 veufs, 275 filles, 118 femmes mari\u00e9es, 78 veuves, soit un total de 1995 d\u00e9tenus&nbsp;!<br>Monsieur BERTHOLLE, le maire a sign\u00e9 ce recensement le 18 juillet 1846. Quand il d\u00e9duit les effectifs de la garnison et des d\u00e9tenus, la population de Ville ne compte que 908 habitants et encore sur ce total les employ\u00e9s de Clairvaux et leurs familles repr\u00e9sentent pr\u00e8s de 30% des Bayas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bon, activons-nous&nbsp;! Si je veux diner et rencontrer quelques habitants, il faut vite repartir.<br>Je sais qu\u2019il y a deux auberges et un caf\u00e9 sur place&nbsp;: Grande Rue, le p\u00e8re BOUQUET, 70 ans, tient une premi\u00e8re maison avec sa gouvernante Catherine LECLER et une jeune domestique Marie THEVENARD. Toujours Grande Rue, chez les CHARBONNIER, Edm\u00e9 et Appoline, respectivement 39 et 34 ans, s\u2019occupent de la seconde auberge avec leurs trois enfants Laurent, Maurice et Marie.<br>J\u2019ai lu quelque part, qu\u2019ils ont repris le flambeau \u00e0 la suite du p\u00e8re d\u2019Edm\u00e9.<br>A Clairvaux intramuros, il y a aussi un caf\u00e9 et un bureau de tabac.<br>Je suis les conseils de monsieur HELIE et me dirige vers l\u2019auberge des CHARBONNIER.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Bonsoir, est-il possible de souper et de prendre une chambre&nbsp;?&nbsp;\u00bb Appoline DUPRE, femme CHARBONNIER, acquiesce. Elle m\u2019installe et me demande ce qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 Ville. Je d\u00e9cide de me faire passer pour un industriel d\u00e9sireux de m\u2019installer ici&nbsp;: \u00ab&nbsp;On m\u2019a dit que l\u2019administration p\u00e9nitentiaire voulait d\u00e9velopper des ateliers pour les prisonniers&nbsp;\u00bb. L\u2019aubergiste m\u2019explique \u00ab&nbsp;Vous \u00eates au bon endroit, ce soir nous aurons \u00e0 diner deux fabricants de la prison. Monsieur FABRY, est dans la perle, et monsieur LASSIOT fait faire des chaussons, ils vous aideront.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr, la chambre ne correspond pas vraiment aux standards d\u2019aujourd\u2019hui. Elle est tr\u00e8s simple mais confortable, avec une bassine et une cruche pour faire quelques ablutions.<br>La pendule du salon indiquait huit heures, je redescends rapidement. Appoline m\u2019a d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 \u00e0 FABRY et LASSIOT et je rejoins leur table. On fait les pr\u00e9sentations d\u2019usage pendant que l\u2019aubergiste nous apporte de la langue de b\u0153uf et un pichet de vin de pays.<br>Le plus jeune, Jean Baptiste FABRY, habite Clairvaux Intramuros. C\u00e9libataire, 25 ans environ, il a comme voisins contrema\u00eetres et employ\u00e9s de l\u2019entreprise, m\u00e9decins, ou gardiens de la prison, ceux qui vivent l\u00e0 avec femmes et enfants.<br>Il m\u2019explique que toutes les familles de gardiens ne r\u00e9sident pas \u00e0 Clairvaux. En fait seuls les gardiens-chefs ont cette autorisation, les autres ont une obligation de r\u00e9sidence, seuls ou en dortoirs d\u2019un confort sommaire.<br>Les effectifs sont loin d\u2019\u00eatre pl\u00e9thoriques. Tous les gardiens doivent \u00eatre pr\u00e9sents aux moments cl\u00e9s de la journ\u00e9e&nbsp;: lever, coucher, entr\u00e9e et sortie des ateliers et r\u00e9fectoires, appels, rondes diverses. Et puis il y a le service de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je demande comment ils sont recrut\u00e9s. \u00ab&nbsp;Ce sont des militaires ou d\u2019anciens militaires. \u00c7a c\u2019est obligatoire.&nbsp;\u00bb FABRY reprend en riant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous voyez c\u2019est un peu comme s\u2019ils \u00e9taient prisonniers eux aussi, ils ont une permission pour aller dans leur famille tous les vingt jours&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon second convive, Victor LASSIOT est veuf. La trentaine, il vit avec sa fille Emma. Il a pris une jeune gouvernante pour la petite, qui n\u2019a que cinq ans.<br>Il loge aussi deux ouvri\u00e8res de sa fabrique de chaussons dans sa maison de la Grande Rue.<br>LASSIOT est convaincu de faire \u0153uvre utile avec son atelier. Il faut bien occuper les prisonniers, ils ne vont pas \u00eatre \u00e0 la charge de la soci\u00e9t\u00e9. Et puis ils mettent ainsi de l\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 pour leur sortie. Ils apprennent un m\u00e9tier, n\u2019ont pas d\u2019id\u00e9es noires. Et tout le monde est tranquille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il me d\u00e9crit ensuite l\u2019organisation de la journ\u00e9e de travail.<br>Suivant la saison, on commence \u00e0 cinq ou sept heures, sept heures et demie l\u2019hiver. Fin du travail entre dix-huit et vingt heures. Deux repas, le d\u00e9jeuner vers neuf, dix heures et le diner \u00e0 seize, dix-sept heures. Quelques pauses rapides. Au total dix \u00e0 douze heures de travail, auxquelles l\u2019administration a ajout\u00e9 des veill\u00e9es, il y a quatre ou cinq ans.<br>LASSIOT ajoute : \u00ab&nbsp;Bien s\u00fbr, le travail se fait en silence. Interdit de parler depuis le r\u00e8glement de 1839. \u00c9videmment si la t\u00e2che l\u2019impose, ils peuvent le faire \u00e0 voix basse.&nbsp;\u00bb<br>Comme pour les condamn\u00e9s, il n\u2019y a ni tabac, ni vin, ni bi\u00e8re, ni cidre, les pauses doivent \u00eatre bien courtes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je demande comment \u00e7a se passe pour le salaire.<br>Depuis 1843, la loi a \u00e9t\u00e9 revue en fonction des condamnations&nbsp;: les for\u00e7ats ont droit \u00e0 3\/10e du salaire que le fabricant verse, les condamn\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion re\u00e7oivent 4\/10<sup>e<\/sup> et ceux qui ont une peine correctionnelle ont 5\/10<sup>e<\/sup>. La moiti\u00e9 est mise de c\u00f4t\u00e9 pour leur sortie, l\u2019autre leur sert \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019ordinaire avec le syst\u00e8me de la cantine. Je comprends vite qu\u2019il est difficile pour les d\u00e9tenus d\u2019am\u00e9liorer l\u2019ordinaire avec le syst\u00e8me des retenues pour indiscipline ou d\u00e9fauts dans les fabrications.<br>Quant \u00e0 la part de l\u2019administration, elle r\u00e9mun\u00e8re l\u2019entreprise gestionnaire puisque l\u2019Etat a mis en place un syst\u00e8me d\u2019adjudication avec un cahier des charges tr\u00e8s pr\u00e9cis. C\u2019est l\u2019entrepreneur priv\u00e9 qui propose le prix de journ\u00e9e le plus bas pour la nourriture, l\u2019habillement et l\u2019entretien des d\u00e9tenus qui emporte le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Vous n\u2019avez donc pas \u00e0 fournir les v\u00eatements de travail&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>\u00ab&nbsp;Bien s\u00fbr que non&nbsp;!&nbsp;\u00bb r\u00e9pond LASSIOT. \u00ab&nbsp;Les prisonniers ont comme qui dirait leur trousseau tous les deux ans. Voyons, je crois qu\u2019ils ont chemises, casquette, tabliers, veste, gilet, pantalon, chaussons et sabots. \u00c9videmment pour les femmes, fichus, corset, jupe et bas de laine. Tout \u00e7a est fabriqu\u00e9 sur place, par les prisonniers eux-m\u00eames, c\u2019est m\u00eame les plus gros ateliers. \u00c7a n\u2019emp\u00eache pas qu\u2019y sont pas bien reluisants&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On \u00e9change ensuite sur mon projet. Mes deux convives me disent qu\u2019il n\u2019y a pas de probl\u00e8me, au contraire. L\u2019administration trouve qu\u2019il n\u2019y a pas assez d\u2019embauche, elle cherche d\u2019autres entrepreneurs. Si j\u2019ai des id\u00e9es, il ne faut pas h\u00e9siter. Actuellement l\u2019atelier de toiles cir\u00e9es compte bien une soixantaine de prisonniers et celui de FABRY, les perles, une bonne centaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La soir\u00e9e se termine, Apolline, l\u2019aubergiste, nous fait comprendre qu\u2019il est temps de partir. On se salue, on se promet de se revoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je regagne ma chambre, il est plus de dix heures.<br>Comment trouver le sommeil apr\u00e8s tout ce que je viens d\u2019apprendre&nbsp;? Tant de questions tournent encore dans ma t\u00eate.<br>Sur l\u2019acte de mariage de Joseph Isidore, j\u2019ai lu qu\u2019il \u00e9tait boulanger. Sur le recensement de 1836 de Bar-Le-Duc, il \u00e9tait tisserand. En 1841, au d\u00e9c\u00e8s de son fils Joseph Edmond, \u00e2g\u00e9 de six mois, Joseph Isidore r\u00e9sidait \u00e0 Vitry-Le-Fran\u00e7ois, comme tissier, tandis que Catherine Marie Anne RIGAULT, sa femme, r\u00e9side chez son p\u00e8re \u00e0 Eclaron. Elle accouche de Jean Baptiste L\u00e9andre, mon sosa, en 1843, \u00e0 Bar-Le-Duc, mais les deux \u00e9poux sont not\u00e9s domicili\u00e9s \u00e0 Eclaron.<br>Qu\u2019est-ce qui a conduit Joseph Isidore PORNOT en prison&nbsp;? Quel m\u00e9fait&nbsp;? Quel crime&nbsp;?<br>Quel m\u00e9tier a-t-il exerc\u00e9 \u00e0 Claivaux&nbsp;? Pourquoi est-il d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ici, si jeune&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le matin, j\u2019arrive \u00e0 m\u2019assoupir un peu. A six heures, n\u2019y tenant plus, je me l\u00e8ve, passe un peu d\u2019eau sur mon visage et rejoins la salle de l\u2019auberge.<br>Pas le temps de d\u00e9jeuner, je paye ma note je ne sais comment, remercie mon h\u00f4tesse.<br>Derri\u00e8re l\u2019\u00e9glise, \u00e0 l\u2019abri des regards, j\u2019enfourche ma quantiquette<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> et regagne au plus vite mon XXI\u00e8me si\u00e8cle bien confortable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">PS&nbsp;: Quelle que soit ma h\u00e2te d\u2019en savoir davantage et de vous en faire part, ce soir de dimanche, je vais devoir prendre un peu de temps avant de reprendre mes recherches. Le devoir m&rsquo;appelle demain matin, pas question de g\u00e9n\u00e9alogie.<br>Alors, patience. Bonne soir\u00e9e \u00e0 vous et promis, je vous donne des nouvelles le plus vite possible&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Quelques lecteurs me demandent des pr\u00e9cisions sur ce myst\u00e9rieux engin. La quantiquette est une trottinette quantique, mod\u00e8le de base, un peu trafiqu\u00e9 pour le voyageur, ou la voyageuse g\u00e9n\u00e9alogique. D\u2019ailleurs se sont des lectrices qui ont os\u00e9 poser la question.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2\u00e8me partie Je n\u2019avais pas vraiment pr\u00e9vu une si longue sortie. J\u2019ai beau avoir dit \u00e0 monsieur HELIE que j\u2019allais chercher mon sac de voyage au presbyt\u00e8re, je n\u2019ai pas m\u00eame une brosse \u00e0 dents. 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