Rendez-vous de janvier 2024

J’aurais adoré que ce rendez-vous ancestral soit le vingt-quatrième. Mais non, j’ai dépassé ce nombre il y a quelques mois. Pour autant, ce que j’ai à vous raconter aujourd’hui tombe à pic.

Le généathème du mois a pour sujet le nombre 24. L’association Geneatech propose une variation autour du nombre. Sosa 2024, sosa 24, événement généalogique sur une année 24, un 24, la Dordogne, bref, le 24 dans tous ses états !

Et comme aujourd’hui, il se trouve que nous sommes le troisième samedi du mois de janvier 2024, ce matin, de bonne heure et d’excellente humeur, j’ai sauté sur ma quantiquette.
J’étais tellement excitée que je n’ai pas pensé à régler le GPSQ.
Je suis partie au hasard et bien m’en a pris.

Je me suis retrouvée à Bordeaux, devant la gare d’Orléans.
Je franchissais le seuil du buffet de l’établissement, quand j’entendis qu’on me hélait. Je me retournai rapidement.
Oh ! Quelle agréable surprise. Devant moi, se tient le docteur Pierre Bouvier, accompagné d’un homme plus âgé.

Le médecin me présente son compagnon, un cousin du côté de sa grand-mère maternelle. L’homme soulève son chapeau pour me saluer :
« Camille de Mensignac, pour vous servir. »

Me voici face au célèbre archéologue bordelais, conservateur du Musée préhistorique, du Musée des Antiques et du Musée d’Armes de Bordeaux ! Il figure en bonne place dans mes recherches généalogiques. Comment oublier un collatéral qui a écrit un très sérieux article sur la salive et le crachat ?

Nous échangeons les banalités d’usage puis décidons de poursuivre la conversation. Ce n’est pas si fréquent de se rencontrer.
Un serveur nous installe à une table.
Pierre me demande ce qui m’amène à Bordeaux.

« Figurez-vous que je suis en partance pour la Dordogne. Vous savez que je suis généalogiste, un de mes clients voudrait que je retrouve son sosa 2024.

Les yeux de Camille pétillent :
« Vous savez, Pierre, que nous avons des ancêtres en Dordogne.
J’ai fait quelques recherches du côté de ma mère, la sœur de votre grand-mère maternelle.
La mère des sœurs Brunet était Marguerite Mougneau Grangé. Elle est née à Bordeaux. Mais son père, Guillaume, était originaire de Thiviers en Dordogne. Il y est né en 1755. Il a exercé différents métiers, toujours dans le commerce. Les actes paroissiaux le disent traiteur, marchand et revendeur de mercerie. »

Je m’étonne intérieurement : traiteur, un métier de commerçant ? C’est vrai que traite a pour définition un transport de marchandises, d’un état à un autre ou d’une province à une autre.

Monsieur Mensignac poursuit :
« D’ailleurs, le nom de cette branche familiale garde le souvenir du métier de cet aïeul. Au nom de Mougneau a été accolé ce que les périgourdins appellent un chafre. Guillaume est d’abord dit Grangé, puis le chafre, le surnom, si vous préférez, est transmis aux générations suivantes.
– Et Grangé, ajoute Pierre, vient du latin populaire, granica, dérivé de granum. C’est la grange où l’on conserve les grains et par extension Grangé est celui qui conserve les grains. »

L’archéologue poursuit :
« Je n’ai pas pu remonter beaucoup plus loin à la recherche de nos ancêtres. Le père de Guillaume Mougneau Grangé, Guillaume Mougnaud, était lui aussi marchand en Dordogne. Une génération au-dessus, le père et le beau-père se prénommaient Sicaire. Les deux familles vivaient dans le nord du département à Thiviers, à la Chapelle-Faucher ou encore à Lempzours. Il faudrait que je poursuive mes recherches.
– Mais vous dites, reprend le médecin, que vous cherchez un sosa 2024 ? De quoi s’agit-il ? »

J’explique le système de la numérotation Sosa-Stradonitz. Elle permet de s’y retrouver parmi les ascendants d’une personne. Jérôme de Sosa l’a inventée en 1676. Elle a ensuite été reprise en 1898 par Stephan Kekulé von Stradonitz.
La personne étudiée porte le numéro 1, son père, le 2, sa mère, le 3. Les grands-parents sont numérotés de 4 à 7, les arrières grands-parents de 8 à 15, etc.
Ainsi, les hommes ont toujours un numéro pair, et les femmes un numéro impair. Chaque père porte un numéro égal au double de celui de son enfant et chaque mère un numéro égal au double de celui de son enfant, plus un.

« Vous voyez », dis-je à mes interlocuteurs en sortant un petit schéma de la poche de mon manteau.
J’ai découvert que mon sosa 2024 était Antoine Grimon. Il était le père de mon sosa 1012, grand-père de mon sosa 506, arrière-grand-père de mon sosa 253. Vous l’avez compris, il s’agit d’une femme, Anne Grimon. Pour la génération suivante, je retranche un, je divise par deux, je parviens à mon sosa 126 et ainsi de suite jusqu’à moi, sosa 1. »

Pierre et Camille se regardent.
« Un système très astucieux et pratique pour s’y retrouver, déclare le jeune médecin.
– Notre sosa 63 est donc aussi une femme, affirme Camille.
– Et si je comprends bien notre sosa 2024 fait partie de la branche maternelle de notre mère. »

Décidément, ils sont très forts. Il faut dire qu’en ce qui concerne Pierre Bouvier, j’ai affaire à un ancien premier prix de version latine et de mathématiques.
Et dire que moi, j’ai encore besoin de mes petits papiers !

« Et votre sosa 2024, il vivait aussi en Dordogne ?
– Pas du tout, il vivait en Haute-Marne, ma région d’origine. Il est décédé à Sailly, près de Joinville. Mais il est né à Saint-Laurent en Dauphiné, si j’en crois son acte de mariage. J’en suis là de mes recherches, car les paroisses de ce nom sont nombreuses dans l’ancienne province. »

C’est à ce point de notre discussion que j’ai quitté Pierre et Camille. La pause que nous nous étions impartie était terminée. Heureusement.
Si nous avions poursuivi, j’aurais dû leur expliquer pour quelle raison mon sosa 2024 avait vécu entre 1650 et 1713. Pour trouver le leur, il faut sans doute remonter plus loin dans le temps. Et justement, le temps de raconter mes voyages ancestraux à des hommes nés au XIXe siècle n’est pas encore venu.

Sources :
– MENSIGNAC, Camille, « Recherches ethnographiques sur la salive et le crachat. Croyances, coutumes, superstitions, préjugés, usages et remèdes populaires », Extrait des Bulletins de la Société d’Anthropologie de Bordeaux et du Sud-Ouest, Année 1890, tome VI, Bordeaux, Bélier, 1892, disponible en ligne sur www.books.google.fr.
www.cnrtl.fr, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, 2005, consultation du 20/01/2024.
– Divers auteurs, « Challenge AZ 2023, le chafre ou Chaffre », www.genea24.fr, site d’entraide de « l’Amicale Genea24 », 2010, consultation du 20/01/2024.
– « Numérotation », www.geneawiki, site collaboratif, encyclopédie francophone de généalogie, consultation du 20/01/2024.
– « Palmarès du Lycée de Garçons », La Petite Gironde du 5 août 1891, p. 3, consultable sur www.gallica.fr.
– Mariage d’Antoine Grimon et Marie André, 9 juin 1676, à Sailly, Archives départementales de Haute-Marne, E dépôt 2857, vue 41.

Pour retrouver les protagonistes de cette aventure ancestrale
https://www.geneanet.org/profil/lportemarzin

2 commentaires

  1. Il faut donc remonter très haut dans les générations pour retrouver son sosa 2024. Mon mari est Haut-Marnais de naissance. Très intéressant votre article. Cordialement

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