Au fil de mes recherches, je me suis attachée à la famille Jézéquélou de Combrit. Elle est devenue, d’une certaine manière, une famille de cœur. Et parmi ses membres, ce sont surtout les femmes qui ont retenu mon attention. Pour le généalogiste, elles demeurent souvent les plus difficiles à saisir : Simone de Beauvoir les a nommées le « Deuxième sexe », et les archives, elles, ne les montrent bien souvent qu’à travers leurs pères ou leurs époux, représentées ou autorisées par eux dans les actes notariés.
Les femmes de la famille Jézéquélou n’échappent pas à cette règle. Pourtant, à travers les traces ténues de leur existence, affleure une galerie de femmes au caractère bien trempé, des Bigoudènes confrontées à leur lot de difficultés. Parmi ces traces, l’une m’a particulièrement frappée : la signature. Tantôt présente, tantôt absente, elle dit beaucoup de ces paysannes, de leur accès à l’instruction, et de leur place dans la société rurale. Pour mieux comprendre, regardons de près si les femmes ayant vécu à Saint-Vennec au XIXᵉ siècle savaient signer.

Jeanne Garin : une domanière sans signature
La première femme à laquelle je me suis intéressée est Jeanne Garin, épouse de Pierre Jézéquélou. C’est elle qui reprend la tenure de Saint‑Vennec, où elle décède en octobre 1822. En suivant sa lignée féminine jusqu’à deux de ses arrière‑petites‑filles, Jeanne Catherine et Marie Anne Taniou, un constat s’impose : pendant quatre générations, une seule jeune mariée de Saint‑Vennec signe son acte de mariage.
S’il est parmi l’état-civil et les registres paroissiaux, un document sur lequel il est possible de trouver la signature de femmes, c’est l’acte de mariage. Pourtant, pendant quatre générations, les jeunes mariées de Saint-Vennec ne sont pas en mesure de signer le registre le jour de leurs noces.
Ce phénomène n’a rien d’isolé. L’enquête menée en 1877 par le recteur Maggiolo, malgré une méthodologie discutée, offre un aperçu de la situation : à la fin du XVIIIᵉ siècle, moins d’un tiers des femmes du royaume savaient signer leur acte de mariage, contre 47 % des hommes. En milieu rural, la proportion chute à 13 %. Rien d’étonnant, donc, à ce que le 17 juin 1772, seul le beau‑père de Jeanne Garin signe le registre. Seize ans plus tard, un bail concédé à sa belle‑mère confirme que Jeanne ne sait pas signer.
Une transmission féminine… sans signature
La plus jeune fille de Jeanne Garin, Jeanne Jézéquélou, ne sait pas davantage écrire son nom. Le 28 février 1813, elle se marie à seize ans, comme sa mère avant elle. Son époux et son beau‑père, eux, signent le registre, non sans une tentative graphique un peu maladroite mais bien réelle.

À la génération suivante, les garçons continuent d’émarger, mais les filles restent dans l’incapacité de le faire. En 1838, lors du mariage de Jeanne Louise Yvonne Cécilia Le Floc’h, le maire note que « les comparantes, mères et la contractante » ont « déclaré ne savoir signer ». La jeune mariée a dix‑huit ans. Quelques années plus tôt, le recteur Pétillon confiait à l’évêque de Quimper « qu’il n’existait à Combrit aucun instituteur » et qu’il désespérait d’en voir un arriver. Dans ces conditions, imaginer une instruction féminine relève presque de l’utopie.
L’arrivée des écoles : un tournant décisif
Pourtant, au fil de la vie de Jeanne Louise Yvonne Cécilia Le Floc’h, les choses évoluent. Ses deux filles, Jeanne Catherine et Marie Anne Taniou, en témoignent. La première, née trop tôt, n’a probablement pas été scolarisée et ne signe pas son acte de mariage. La seconde, née onze ans plus tard, écrit son nom avec application au bas du document du 18 octobre 1874. Ironie de l’histoire : cette fois, c’est le marié qui ne sait pas signer.

Entre les enfances des deux sœurs, un changement majeur est intervenu : au début du Second Empire, deux écoles privées ont été créées à Combrit, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles. Jeanne Catherine est née trop tôt pour en bénéficier. Marie Anne, elle, a pu apprendre à lire et à écrire — des compétences qui lui ont sans doute été précieuses. Femme de boulanger, peut‑être, tenait‑elle la comptabilité de l’entreprise familiale ?
Conclusion : une signature comme miroir social
À travers ces femmes de Saint‑Vennec, la signature devient un fil rouge, un indicateur d’évolution de la société. Elle révèle l’accès — ou l’absence d’accès — à l’instruction, les inégalités persistantes entre hommes et femmes, mais aussi les progrès accomplis au XIXᵉ siècle dans les campagnes bretonnes. Ces femmes, longtemps invisibles dans les archives, prennent une nouvelle place dans l’histoire familiale. Une visibilité ténue, mais qui ne demande qu’à s’éclaircir.
Sources :
– Archives diocésaines de Quimper et Léon, 4F5/4, Enquête sur l’enseignement primaire : réponse de la paroisse de Combrit, 1828, consultation du 23/02/2026.
Archives départementales du Finistère, 2 O 561, édifices à usage d’établissements d’enseignement, de sciences et d’art, 1842-1943.
– Contributeurs de Wikipédia, « Combrit », Wikipédia, l’encyclopédie libre, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Combrit&oldid=232638250, dernière révision le 21 janvier 2026, consultation du 23/02/206.
– GALICHON, Jérôme, « Signatures », Geneawiki, https://fr.geneawiki.com/wiki/Signatures, dernière révision le 14 sept. 2021, consultation du 24/02/2026.

Un plaisir de retrouver cette famille
Bonjour,
J’ai mené quelques recherches sur Combrit lorsque je me suis intéressé à une femme mariée a Ste Marine tout début 1800: Jeanne Marie Gigou (née Je vous). Ce nom vous dit il quelque-chose ?
Merci pour votre article. Très intéressant.
Désolée, pas de Gigou, ni de Jegou dans les branches de ces Jezequelou de Combrit. Merci de votre commentaire.
Merci d’avoir retracé le destin traditionnel de la femme par le biais de la signature. C’est toujours plus difficile de trouver leur trace, parfois nous devons nous contenter de compléter un arbre par « nn épouse Durant, ou Martin »
Une judicieuse analyse