Souvenirs de neige : quand la mémoire familiale se raconte en blanc

Voilà, c’est fini, la neige a déserté le Finistère, et la tempête aussi. Pour la tempête, on ne va pas s’en plaindre : ici, Goretti n’a causé aucun dégât, mais le souvenir de Ciaran reste encore bien présent. Quant à la neige, le pays bigouden n’a pas vu un seul flocon. Dommage. Les épisodes de ces dernières semaines ont pourtant ravivé bien des souvenirs d’enfance…

Quand la neige réveille la mémoire familiale

Un Noël blanc dans les Côtes-d’Armor, puis le challenge photographique d’UPro-G consacré à la neige m’ont donné envie d’écrire. Mais en fouillant les albums familiaux, aucune trace d’un souvenir de petite fille. Nouvel épisode cette semaine, l’envie revient. Il y a bien ces vacances à Lamoura que je pourrai raconter. Là, j’ai quelques images, mais elles sont loin d’être exceptionnelles.

Et puis ce matin, je réalise que nous sommes le 10, jour de la « photo du mois » du groupe Facebook Raconter sa généalogie. C’en est trop : il faut vraiment reprendre la plume numérique.

La généalogie, c’est aussi cela : nos souvenirs, nos vies. Elles deviennent l’histoire familiale des plus jeunes. Après tout, j’ai l’âge d’être grand-mère, et derrière moi il y a mes parents, mes grands-parents…

Souvenirs d’enfance à Bettancourt‑la‑Ferrée

Je vous ai déjà parlé de mon père. Il est encore trop tôt pour écrire sa biographie, mais quelques bribes de son histoire — et donc de la mienne — ne peuvent faire de mal à personne, bien au contraire.

Des souvenirs de neige, j’en ai quelques-uns. Le plus ancien, j’ai du mal à le dater. Nous habitions déjà Bettancourt-la-Ferrée, mais les lotissements n’étaient pas encore tous sortis de terre, loin de là. « Les Élus » n’existaient pas, les « Orgères » peut-être, je ne sais plus très bien. En-tout-cas, la première pierre du lotissement « du Bois » n’était pas posée.

J’étais encore une petite fille, sans doute déjà l’aînée d’une fratrie de trois : un frère, une toute petite sœur, assez petite pour rester au chaud avec maman. Cet hiver-là, il avait beaucoup neigé. Les parents avaient acheté une luge. Une magnifique luge en bois, assez grande pour que mon frère et moi puissions-nous y asseoir l’un derrière l’autre.

Papa nous avait emmenés sur la colline, à la lisière du bois. Les champs portaient leur long manteau blanc. Tout était calme, les bruits étouffés par la neige, la campagne cotonneuse. Nous avons dévalé la pente jusqu’au Fond des Vaux. Une fois, deux fois, dix fois, je ne sais plus. Nous avons ri. Et nous avons remonté la pente, encore et encore.

Autant que je m’en souvienne, jamais plus il n’a autant neigé à Bettancourt-la-Ferrée.

Des vacances à la neige dans le Jura

Dans la famille, nous n’étions pas « ski ». Mon frère et ma sœur ont eu la chance de partir en classe de neige, de décrocher leur premier flocon ou leur première étoile. Pas moi. Il n’y avait tout simplement pas d’enseignante à l’école de filles pour emmener sa classe à Lamoura.

La ville de Saint-Dizier avait créé, avec onze autres communes, le village de vacances de Lamoura, à la station des Rousses dans le Jura. Des générations de Bragards gardent de magnifiques souvenirs de cette période de tourisme social. Sans cet équipement, les habitants de la commune industrielle n’auraient sans doute jamais connu les joies des sports d’hiver.

Début 1977, mes parents ont décidé que nous passerions quelques jours à la neige. Pas question de skier, mais des vacances au grand air : marches à pied, visite de la vallée des Rennes…

En surfant sur le net, j’ai découvert que le village de vacances et la vallée des Rennes  de Prémanon n’existent plus. La vallée a été rendue à la faune sauvage du Jura, et le village pourrait renaître sous une autre forme. Les souvenirs, eux, resteront.

Photos, archives et mémoire familiale

Et les photos, dans tout ça, me direz-vous ? En voici une, prise lors de ces vacances jurassiennes.

Paysage du Jura en 1977 – collection personnelle LPM

Pour la partie de luge à Bettancourt-la-Ferrée, aucune photo. J’aurais pu faire appel à l’intelligence artificielle, mais il m’aurait fallu des heures pour approcher l’image de mes souvenirs. Pas très bon pour la planète. Je préfère me tourner vers les archives, avec cette carte postale de Chancenay, la voisine de Bettancourt.

AD Haute-Marne, 8 Fi 105-12, Chancenay sous la neige (XXe siècle).

Et si vous ne visualisez pas bien notre luge malgré mes efforts, cette autre carte postale vous donnera une idée très précise de l’objet.

AD Haute-Marne, 17 Fi 773, Deux petites dans la neige (XXe siècle).

Sources :
AD Haute-Marne, 8 Fi 105-12, Chancenay sous la neige (XXe siècle), consultation du 10/01/2026.
AD Haute-Marne, 17 Fi 773, Deux petites dans la neige (XXe siècle), consultation du 10/01/2026.

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