Au pardon de la Clarté

Voyage quantique à Combrit en 1890

Il y a quelques années, j’avais consacré un rendez-vous ancestral au pardon de la Clarté, à Combrit. Ce pèlerinage très renommé se tient chaque deuxième dimanche de septembre. Or, en ce 13 septembre 2026, nous y sommes justement. Le calendrier ramène ce dimanche particulier et l’envie  d’y retourner, de reprendre la quantiquette vers la chapelle et son pardon.

Bonne lecture de cette nouvelle version.

Je peste toute seule : où ai-je bien pu mettre mon chapeau rond ? Impossible de remettre la main dessus. Je ne vais tout de même pas emprunter une coiffe bigoudène. Je ne saurais pas la positionner et, surtout, je n’ai pas le temps.

Ah, le voilà. Je l’avais tellement bien rangé que j’ai eu un mal fou à le retrouver. Il est magnifique avec ses rubans de velours noir. Il ne me manquait plus que lui pour compléter ma tenue.

Reste la quantiquette. Aujourd’hui, je pars pour 1890, à Combrit. Je suis pressée de rejoindre le pardon de la Clarté. J’espère y rencontrer quelques descendants de Pierre Jézéquélou, né en 1753, et progresser dans l’histoire familiale.

Le pardon de la Clarté est encore aujourd’hui l’un des grands événements combritois. Alors, à la fin du XIXᵉ siècle, cela devait être impressionnant.

Je tourne, je vire, je n’avance pas. Il faut pourtant que je donne quelques explications à celles et ceux qui rejoignent mon blog.

J’ai la chance d’avoir récupéré un engin formidable : une trottinette quantique, équipée d’un GPSQ[1] dernier cri. Ne me demandez pas comment je me suis procuré ce véhicule durable et sans rejet polluant. C’est un secret bien gardé. Même sous la torture, vous n’en sauriez rien.

Enfin prête. Réglage minimum, démarreur sur « on ». En arrière toute.

Parfait, je suis au bon endroit : Kergadec, avec l’anse du Pouldon en horizon. Cet endroit est splendide. Je dissimule mon véhicule derrière quelques arbres et prends le chemin. À l’est toute.

Je peine à me repérer. Les routes et les chemins ne sont plus ce qu’ils étaient. La petite route « deux grammes », comme l’appellent les jeunes du XXIᵉ siècle, n’est pas encore tracée. Je ne sais comment, mais j’arrive à Kerboul. Je laisse un chemin sur ma droite quand un groupe rejoint ma route. Femmes, hommes et enfants sortent de Tromarzin. Ils vont au pardon, c’est certain.

Archives départementales du Finistère, 3P 40/1/2, Combrit, cadastre par masse de culture
du 13 fructidor an XII, annoté par LPM.

Je rattrape un homme âgé et engage la conversation.
« Demat[2], belle journée, n’est-ce pas ? »
« Belle journée, et c’est tant mieux pour le pardon ! »

Il semble surpris. Je réalise que mon costume et mon parler ne s’accordent pas. J’avais prévu quelques mots de breton, mais mon vocabulaire est limité. J’ai déjà dû pianoter sur mon clavier pour trouver comment dire « bonjour ». À part « kenavo », cela risque d’être compliqué.

Je change de tactique. Mieux vaut être honnête, même si je ne peux pas dire que je suis une femme avec ce costume.

Je me présente rapidement.
« Je suis Champenois d’origine. Depuis que je suis arrivé à Quimper, on ne cesse de me dire de me rendre à Combrit le deuxième dimanche de septembre. »

Il sourit.
« Le pardon de Notre‑Dame de la Clarté est très couru. Il fait partie du Pardon an Teir Vari[ii] avec ceux d’Ergué‑Gabéric et de la Forêt‑Fouesnant. Venez avec nous, je vous expliquerai. »

La réserve de mon interlocuteur disparaît. Il se présente :
« Je suis François Castric. J’habite cette ferme avec ma famille. Devant mes fils, Pierre, Nicolas et sa jeune épouse Corentine. Ils se sont mariés l’an passé, j’espère qu’elle nous fera bientôt un petit.
Ensuite ma Jeanne, qui m’a déjà donné un petit-fils, René comme son père, un gars Le Letty. Et puis la jeunette à côté, c’est Jeanne Tanneau, elle rend bien service. »

Je comprends que tous travaillent la terre : six membres de la famille et une domestique. Peut-être aussi une parente, placée en attendant l’âge du mariage. Quinze ans, pas plus.

François poursuit :
« Voilà deux ans que je suis veuf, pour la seconde fois. Pourtant, Marie Jeanne avait dix ans de moins que moi. Elle m’a donné de beaux enfants.
Ah, justement, voici François, un autre de mes fils. Il a épousé une fille Jézéquélou, l’aînée de Corentine. Marie Jeanne était déjà bien malade et il a fallu les marier à Tromarzin. Impossible pour ma femme d’aller à la mairie.
Ils vivent au Reluet, chez ses beaux-parents, Pierre Jézéquélou et Marie Daoulas. La petite Marie, que vous voyez, c’est leur fille. »

Nous arrivons à la chapelle de la Clarté. Il y a foule. Avant de prendre rang dans la procession, François me montre la fontaine.
« Il paraît que l’eau fait des miracles. Moi, je n’y crois pas, mais vous voyez comme les gens se précipitent pour la boire et s’en arroser ! Ils vont bien l’assécher un jour. »

Il aperçoit une connaissance et s’éloigne.
Dommage. J’aurais voulu qu’il me présente d’autres descendants de Pierre Jézéquélou. Jeanne Louise Yvonne Cécilia Le Floc’h, par exemple, ou Marie Perrine Jézéquélou. Si mon GPSQ m’a bien amenée en 1890, la première a soixante-dix ans, la seconde, quarante. Jeanne vit tout près de la chapelle, à Saint-Vennec.

Ce sera pour une autre fois. Je reviendrai.

Je prends le chemin du retour quand une rumeur enfle au sein de la foule. Hier un aveugle est venu baigner ses yeux à l’eau de la fontaine. En rentrant chez lui à Elliant, il aurait recouvré la vue.

Je laisse les pèlerins à leur excitation et file récupérer mon engin. J’ai quelque chose à vérifier.

Effectivement, mon GPSQ a une marge d’erreur : une année. C’est en 1891, et non en 1890, que Guillaume Grall a recouvré momentanément la vue grâce à l’eau de la fontaine de la Clarté.

Mais ça, c’est une autre histoire.


[1] GPS quantique

[2] Bonjour en breton.

[3] Le pèlerinage des Trois Marie

Sources :
– Archives départementales du Finistère, 3P 40/3/5, cadastre parcellaire, tableau d’assemblage, sections A-D, Combrit, 1833.
– « Combrit », Collections numérisées, Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 13/09/2026, https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/322.
– Archives départementales du Finistère, 3 E 51/35/8, acte de mariage du 12 novembre 1890, Combrit.
– LECORNU, Steven, « Il y a 120 ans, une guérison miraculeuse à Combrit », Le Télégramme, 12/09/2020, https://www.letelegramme.fr/finistere/pont-labbe/il-y-a-120-ans-une-guerison-miraculeuse-a-combrit-12-09-2020-12615667.php.

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